Perpignan patrimoine : Veut-on éradiquer la mémoire catalane ?

Un historien et archéologue, spécialiste de la ville et de l'urbain, sous couvert d'anonymat a souhaité s'exprimer sur les destructions en centre ancien de Perpignan. Selon lui, elles participent à une volonté d'éradication de la mémoire catalane. Il s'exprime après un nouvel arasement d'immeubles place Fontaine Neuve.

Clotilde Ripoull : Quel est votre sentiment après ces nouvelles destructions?

A.A. : Mon sentiment personnel, c'est celui d'une immense colère. Colère contre la Mairie de Perpignan bien sûr - mais je n'attendais rien d'autre de leur part -, mais aussi colère contre l'ensemble des services de l’État qui restent immobiles.

Il est clair que les moyens mis en œuvre et l’empressement à détruire sans rechercher de solution de conservation, sont dérisoires par rapport aux enjeux que Perpignan doit relever, et je ne pense pas d'abord au patrimoine, bien que ce soit extrêmement important parce que c'est aussi la mémoire d'un peuple qu'on est en train d'effacer. Je pense d'abord aux gens, parce que ces quartiers du centre ancien de Perpignan sont habités par une population défavorisée. En ne faisant rien, nous sommes complices de crimes de passivité face au règne de la misère, misère qui pourrait à long terme s'étendre sur la quasi totalité du secteur sauvegardé.

C.R. : Que pensez-vous de ceux qui disent qu'on se mobilise d'avantage pour des ruines que pour les populations?

A.A. : Ce discours-là, je l'ai toujours entendu. Nous, archéologues, nous avons alerté depuis mars 2011 sur les dangers que couraient les populations, si aucun entretien n'était apporté pour garantir et conserver la stabilité des immeubles. La précédente municipalité a mis en place un certain regard sur l'importance de conserver la trame urbaine, et l'intégrité des façades. Les préconisations du Secteur Sauvegardé ont été admises et votées par le conseil municipal, dans le sens de la conservation, de l'étude, de la prise en charge des problèmes structurels et des solutions préventives à y apporter. Depuis 2014, On ne nous a plus écoutés et quand on vient aussi défendre le patrimoine, on nous accuse de le défendre avant les populations. C'est un faux débat encore une fois, détruire le patrimoine culturel d'un peuple, c'est aussi participer à sa destruction. Perpignan est constitué d'une diversité d'habitants qui en forment la richesse. Ces habitants sont-ils des citoyens de seconde zone ? Pour protéger les populations, il faut aussi défendre leur patrimoine.

C.R. : En quoi le site et la culture du quartier Saint Jacques sont-ils particulièrement importants ?

A.A. : C'est important d'abord sur le plan de l'esthétique: si demain vous appreniez qu'on a fait sauter le Marais à Paris, vous ne demanderiez pas à un historien en quoi c'est important. C'est important parce que c'est une trace de l'histoire d'une ville.

De plus, c'est un site extrêmement important sur le plan de l'histoire, parce qu'il est au carrefour de toute une série d'influences. C'est le type même de site métissé, avec un mélange des cultures tout à fait impressionnant, d'influences du monde méditerranéen, des juifs du Moyen-âge qui y résidaient aux tisserands qui firent la renommée de la ville aux gitans et maghrébins qui aujourd'hui y sont majoritaires.

C'est un site qui jusqu'à présent était plutôt bien conservé mais qui vient de perdre en qualques mois une grande part de son unité, unité qui en faisait sa spécificité. On peut faire confiance à M. Pujol pour faire apparaître les trous et fissures nécessaires et revendiquer une urgence à détruire le reste de ce quartier.

La stratégie de la mairie actuelle, c'est de détruire afin de résoudre ce que l'administration communale et l’État ne sont arrivée à endiguer : les problèmes sociaux. Nous n'oublions pas que la population gitane a toujours été maintenue dans cet état sans que cela en fasse des citoyens de seconde zone, car lors des élections municipales, cette population fut un enjeu crucial entre le FN et la mairie actuelle.